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Peintre, sculpteur

D'origine sino-javanaise, John Lie A Fo est né au Suriname à Paramaribo le 15 juin 1945. Il vit et travaille en Guyane française.
Artiste incontournable des Guyanes, il est le premier à obtenir une reconnaissance internationale.
Son œuvre est inspirée par de profondes convictions humanistes et spirituelles, forgées par ses expériences et nourries par ses rencontres. Elle traduit la diversité des cultures dans les Tropiques. C'est une œuvre forte où l'on peut suivre la volonté de trouver les liens entre les cultures dans l'évolution de l'expression graphique. D'abord influencé par le cubisme - John Lie A Fo adore Pissa - il s'essaie dans diverses voies avant de trouver la spontanéité qui lui est propre. Il revendique ses racines tropicales d'Amérique du sud dans la matière même de ses œuvres : Il emploie pour ses fonds de la bauxite, le minerai de son pays natal.

 

 

L'enfant des tropiques

En décembre 2013, dans son discours inaugural de l'exposition John Lie A Fo à la Galerie l'Encadrier à Cayenne, Paul Léandri dit de lui : «John Lie A Fo nous offre du monde une vision sans concession ni compromission. Il demeure ce témoin attentif, cet observateur engagé qu’il n’a jamais cessé d’être depuis que, au cœur des années 70, il redécouvre l’alphabet afaka, et revendique, lui le surinamais d’origine sino-javanaise, son héritage bushinengé et amérindien.
Sa culture, celle qui nourrit son œuvre, est celle des Tropiques où se mêlent toutes les identités et toutes les volontés, assumant ses traditions tout en revendiquant son propre affranchissement.
L’œuvre de John Lie A Fo explore le réel tout en révélant le possible. Il puise à toutes les sources, calligraphiques ou mythiques, telle la cérémonie jarang-képang, se nourrit de toutes les expériences artistiques et culturelles, du Tropicalisme au mouvement Cobra, en passant par tous les héritages européens, sur lesquels il fait main basse, sans aucuns scrupules, pour mieux les transcender.
Il est en cela l’enfant des Tropiques, nourrit de toutes les cultures et de toutes les influences.»

 

Les premières années

A 15 ans John Lie A Fo rejoint les Pays-Bas et, après s'être engagé dans l'armée, vit de petits boulots administratifs. A 18 ans il sillonne l'Europe pour tenter une carrière musicale. Lors de son périple, il rencontre à Amsterdam la danseuse de ballet Maria Tjaden et s'installe en Hollande pour s'y marier en 1967. Il est alors musicien. En 1968 il s'installe à Anvers et s'inscrit à l'Académie Royale des Beaux-arts dont il suit les cours du soir parallèlement à la gérance du bar qu'il a créé pour y jouer sa musique. Extrêmement motivé, il est repéré par les enseignants.

John Lie A Fo décide de se consacrer définitivement à la peinture et la sculpture en 1970. C'est à ce moment qu'il découvre l'écriture Afaka en visitant le musée des Tropiques d'Amsterdam. Cette écriture, inventée par Ndyuka Afaka Atoemoesi, un esclave prisonnier - un noir marron - pour communiquer secrètement avec les autres détenus, a été pour lui un déclencheur. En 1974 il retourne aux Pays-Bas, à la Haye. Il s'y inscrit à l'Académie des Beaux-arts pour continuer ses études. Il reçoit une subvention d'État, la BKR, et peut se consacrer entièrement à l'art. En 1976 il s'installe dans un atelier au «Stille Veerkade» qu'il conservera jusqu'en 1991. Sa première exposition aura lieu à Paramaribo en 1976, tout juste après l'indépendance du pays, devenu le plus petit État d'Amérique du Sud.

 

Un Guernica personnel

En 1978 il retourne s'installer au Surinam pour y vivre avec sa femme Maria et ses deux enfants. Il s'impose à travers ses expositions solitaires et collectives et participe activement au développement de la culture en élaborant une subvention d'artistes. En 1983, cette impulsion est dramatiquement interrompue : il retourne aux Pays-Bas pour fuir l'insurrection et le régime militaire instauré par les coups d'États successifs depuis le 25 février 1980. Sa frustration et sa colère s'expriment à travers ses gravures de l'époque, pour parvenir à des peintures plus réalistes au fil de son apaisement. Il suscite rapidement l'intérêt du public et crée une collaboration étroite avec les autres artistes, en particulier dans le domaine de la sérigraphie, où ils innovent ensemble et
développent de nouvelles techniques.
C'est le succès, mais les tropiques lui manquent. En décembre 1983 il retourne en Amérique du Sud, cette fois en Guyane, pays voisin du Suriname, pour s'y installer définitivement et y retrouver un environnement naturel identique à son pays natal. Il achète un immense terrain qu'il défriche et façonne comme une œuvre d'art.
Il vit là, à Montjoly, chemin Morne Coco depuis plus de 30 ans.

 

John Lie A Fo aux états généraux de l'outremer